loading . . . Devant la RAMpocalypse, la mémoire DDR5 passe sur 32 bits pour réduire les coûts avec la HUDIMM (bienvenue en 1995) Devant la RAMpocalypse, les fabricants font tout pour tenter de réduire (un peu) le prix de la RAM, en jouant sur ce qu'il est possible d'adapter. Et Asrock a eu une drôle d'idée : diminuer la taille du bus pour revenir en 32 bits, comme il y a plus de 30 ans. La mémoire DDR5 HUDIMM, c'est son nom, permet de réduire (un peu) les coûts… au détriment des performances.
Image Asrock.
Un peu de technique. Quand on parle de mémoire vive, on va donner la capacité de la barrette, la technologie (DDR5 essentiellement en 2026), la fréquence1… mais rarement la largeur du bus. Et pour une bonne raison : dans les PC, depuis le Pentium (ou une bonne partie des PowerPC chez Apple), on travaille avec de la mémoire sur 64 bits. Depuis les barrettes DIMM, les barrettes sont aussi sur un bus 64 bits, ce qui simplifie les choses. La bande passante de la mémoire, elle, dépend essentiellement de la fréquence et du bus. Les plus vieux se souviendront peut-être des Power Mac, qui nécessitaient souvent de mettre les barrettes SIMM (32 bits) par paire.
Compliquons les choses : en DDR5, la mémoire ne travaille pas sur 64 bits en interne, mais sur 2 x 32 bits. Et dans un PC, on met généralement deux barrettes en parallèle (dual channel), ce qui donne l'équivalent de 128 bits. L'idée d'Asrock, avec Intel, est de proposer des barrettes qui travaillent en 32 bits en interne, ce qui a deux avantages. Le premier est purement technique : il y a moins de pistes et moins de composants. Le second est un peu plus compliqué à dépendre, car il dépend du marché. Dans une barrette classique, d'une capacité de 16 Go, on a généralement huit puces de 2 Go en parallèle. En passant sur un bus 32 bits, il est donc possible de mettre seulement quatre puces… ce qui réduit les coûts dans certains cas.
Image Asrock.
C'est ici que le marché intervient. Comme la demande n'est pas la même pour toutes les capacités, il y a des puces qui sont plus onéreuses que d'autres. Ce n'est pas nécessairement intuitif, mais une barrette de 8 Go composés de huit puces de 1 Go n'est pas deux fois moins onéreuse qu'une barrette de 16 Go composés de huit puces de 2 Go. Et une barrette de 32 Go avec huit puces de 4 Go est souvent plus onéreuse que la différence de capacité. La raison vient de la demande : la demande est essentiellement sur les puces de 2 Go, et donc les puces de 1 Go sont plus onéreuses (car moins produites), tout comme celles de 4 Go.
La solution d'Asrock dépend entièrement de cet état de fait. Une barrette composée de quatre puces de 2 Go est moins onéreuse à produire qu'une barrette composée de huit puces de 1 Go. Une équation qui n'est pas valable en 16 Go (il faudrait quatre puces de 4 Go, plus onéreuses) ni pour une barrette de 4 Go (avec quatre puces de 1 Go). C'est aussi valable pour les capacités non binaires, introduites avec la DDR5 : une barrette de 12 Go composée de quatre puces de 3 Go peut être intéressante financièrement.
Un problème de performances
Si réduire le bus permet quelques économies dans des cas précis, la solution a un défaut : les performances. Passer le bus de 64 bits à 32 bits divise la bande passante par deux. Pour un PC bureautique, ce n'est pas (trop) un problème : la bande passante est suffisante pour la majorité des usages. Mais les joueurs, eux, ne sont pas la cible : de nombreux jeux sont sensibles à la bande passante… surtout si elle est divisée par deux. Asrock tente un peu de masquer ce problème en mettant en avant une configuration avec une barrette 64 bits classique (16 Go) et une barrette 32 bits en HUDIMM de 8 Go : dans ce cas de figure, on a l'équivalent d'un bus 96 bits… contre 64 bits avec une seule barrette de 24 Go. Mais dans la pratique, c'est peu réaliste.
C'est surtout un choix intéressant pour les fabricants de PC qui veulent essayer d'éviter d'augmenter les prix, pour un public qui ne va regarder que ce point, sans s'inquiéter des performances. Et ce public existe, il faut bien le comprendre. Mais dans les faits, une barrette de DDR5-4800 (en entrée de gamme) à une bande passante de 38,4 Go/s (76,8 Go/s sur deux canaux) et une barrette de DDR5 en HUDIMM descend à moins de 20 Go/s. Pour rappel, un MacBook Air M5 à une bande passante de 153 Go/s avec sa mémoire LPDDR5.
Apple et la mémoire
Dans le cas d'Apple, il n'y a plus de barrettes à proprement parler depuis un moment. Avec les puces Apple Silicon, Apple utilise de la mémoire LPDDR52 rapide sur des bus généralement larges : 128 bits dans les puces M, 256 bits dans les puces M Pro3, 384 ou 512 bits dans les puces M Max et même 1 024 bits dans les puces M Ultra. La seule exception récente est le MacBook Neo : la mémoire est sur 64 bits (60 Go/s). Mais c'est tout de même largement plus rapide que ce qu'Asrock propose.
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On travaille généralement en équivalent SDRAM. Une barrette de DDR5-6000 fonctionne comme une barrette de SDRAM à 6 000 MHz, même si elle travaille avec une fréquence de base de 187 MHz. C'est le principe du mode DDR, qui envoie plusieurs bits à chaque cycle. ↩︎
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LPDDR4 dans la puce M1. ↩︎
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Sauf la puce M3 Pro, limitée à 192 bits. ↩︎ http://dlvr.it/TS7CF0