loading . . . "Un silence vaut consentement": en Afghanistan, un nouveau décret rend légitime le mariage des fillettes Par Terriennes AFP Par Isabelle Mourgere AFP
En cas de contrat de mariage signé par un père ou un grand père, une jeune promise n'aura pas le droit à la parole. Son silence signifiera qu'elle accepte cette union. Ce nouveau code régissant la séparation entre époux "renforce la discrimination systémique" et érode les droits des femmes et filles afghanes, déplore l'ONU.
En cas de contrat de mariage signé par un père ou un grand père, une jeune promise n'aura pas le droit à la parole. Son silence signifiera qu'elle accepte cette union. Ce nouveau code régissant la séparation entre époux "renforce la discrimination systémique" et érode les droits des femmes et filles afghanes, déplore l'ONU. Un silence vaut consentement. En tout cas pour les fillettes. Voici pour résumer ce que dit ce nouveau décret en vigueur en Afghanistan. Une manière pure et simple de légitimer le mariage précoce pour les filles mineures. Publié au Journal officiel mi-mai, ce code de 31 articles, que l'AFP a consulté, prévoit les manières de se séparer en cas de disparition prolongée du mari, "d'incompatibilité", de "défaut chez l'époux" ou "d'un contrat de mariage conclu" par des proches "au nom d'un garçon ou d'une fille mineurs", sachant que les procédures pour obtenir une séparation sont généralement plus complexes pour les femmes... "Le décret numéro 18 fait partie d'une trajectoire (...) profondément inquiétante dans laquelle les droits des femmes et filles afghanes sont érodés" , pointe la représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l'ONU, Georgette Gagnon, dans un communiqué. Selon elle, ce texte "renforce une discrimination systémique dans la loi et la pratique". Pour rappel: depuis son retour au pouvoir en 2021, le gouvernement taliban a interdit aux filles de poursuivre leurs études au-delà du primaire, de se promener dans les parcs, d'aller dans une salle de sport ou un salon de beauté. Elles doivent impérativement se couvrir de la tête aux pied et sont exclues de nombreux emplois. Lire aussi "Le monde doit savoir qu'elles ne sont pas oubliées": Sonita Alizadeh chante pour ses soeurs afghanes mariées de force Silence égal consentement La mission de l'ONU en Afghanistan (Unama), souligne qu'après un décret en 2021, dans lequel les autorités talibanes avaient "reconnu certains droits aux femmes, dont le consentement au mariage", d'autres textes ont affaibli ces protections. Ce nouveau texte marque une rupture avec les lois en vigueur avant la prise de pouvoir, qui fixaient un âge minimum pour le mariage et criminalisaient le mariage forcé et le mariage d'enfants. À l'inverse, le décret n° 18 ne fixe aucun âge minimum pour le mariage. Il précise plutôt comment un mariage d'enfant peut être invalidé, ou comment un enfant contraint au mariage peut demander une annulation, après sa puberté. En laissant entendre que le mariage d'enfants est autorisé, il risque de banaliser cette pratique. L'article 5 du code est l'un des plus critiqués. Il prévoit les modalités de séparation pour les mineurs dont des membres de la famille conclueraient un contrat de mariage en leur nom, "ce qui laisse entendre que le mariage des enfants est permis" , selon l'Unama. "Si un membre de la famille autre que le père ou le grand-père, conclut un contrat de mariage au nom d'un garçon ou d'une fille mineure avec un époux/une épouse compatible et un dot habituelle, le contrat est valide". Selon une pratique traditionnelle en vigueur chez certaines familles en Afghanistan depuis des décennies, des parents promettent que leur enfant se mariera avec un enfant de l'autre famille. Il ne s'agit que d'une promesse. Le contrat de mariage n'est conclu que plus tard, les relations sexuelles avant la puberté étant prohibées selon la loi islamique.
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(Re)lire Fawzia Koofi : "L'éducation, le seul moyen de s'en sortir" pour les Afghanes Un contrat familial Interrogé par l'AFP, sur l'âge à partir duquel les époux peuvent vivre ensemble, puisque seule la notion de puberté est mentionnée, le ministère de la Justice n'a pas répondu. Selon le code en vigueur jusqu'à l'arrivée des autorités talibanes, le mariage n'était autorisé qu'à partir de 16 ans pour les filles. Le décret 18 précise que "la fille ou le garçon mineur" pour lequel des proches autres que le père ou grand-père ont conclu un contrat/promesse de mariage "aura le choix de l'annuler en atteignant la puberté, mais cette annulation doit faire l'objet d'une décision d'un tribunal". Une différence est faite entre filles et garçons: si "une fille vierge" garde le silence, le décret estime qu'il s'agit d'un consentement, tandis que pour " un garçon ou une femme précédemment mariée", le choix d'annuler un mariage n'est pas remis en cause par un silence. Notre article #AfghanGirlsVoices : les Afghanes veulent le droit d'étudier dans leur pays À condition "d'être gentils" Le porte-parole du gouvernement Zabihullah Mujahid a rejeté, sur la chaîne publique RTA, les critiques comme venant de personnes "hostiles à l'islam". Selon lui, père et grand-père ont autorité sur leurs enfants mineurs y compris pour conclure un contrat de mariage à condition entre autres "d'être gentils" et "de ne pas avoir un désordre mental". Mais, insiste-t-il, "ce genre de cas ne deviendra pas commun car un ordre du Commandant des croyants (le chef des talibans, ndlr) interdit de marier une fille sans qu'elle donne son accord". Le décret rend également la séparation d'avec un conjoint plus difficile pour les femmes. Celles-ci se heurtent à des obstacles juridiques plus complexes que les hommes, notamment l'obligation de fournir plusieurs témoignages pour appuyer leur demande de séparation. Dans certains cas, un mari peut s'opposer à la demande de séparation de son épouse par une simple déclaration ou par absence de consentement. Le code stipule aussi comment une femme peut se remarier si son mari a disparu "mais pas dans le cas d'une guerre". Elle "doit attendre jusqu'à ce que la mort soit certaine et que les gens de sa génération soient morts" , formulation jugée vague par des experts. Si le disparu réapparaissait alors que la femme s'est remariée, il pourra choisir de "garder sa femme, de divorcer ou d'opter pour une séparation mutuelle".
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(Re)lire Séparées ou divorcées, les Afghanes vivent dans la peur Les hommes et les femmes inégaux devant la loi Ces nouvelles dispositions soulignent une fois de plus que les hommes et les femmes ne sont plus égaux devant la loi en Afghanistan. "Les femmes et les filles afghanes ont le droit de vivre à l'abri de la violence et de la discrimination." ONU Femmes ONU Femmes se dit profondément préoccupée par les implications du décret n° 18. "Les femmes et les filles afghanes ont le droit de vivre à l'abri de la violence et de la discrimination. Elles ont droit à la dignité, à la sécurité, à la liberté de circulation et à la participation à la vie publique. Les cadres juridiques doivent garantir l'égalité devant la loi, protéger les femmes contre toutes les formes de violence et assurer un accès effectif à la justice sans discrimination", indique l'organisation dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. ONU Femmes appelle les autorités de facto à veiller à ce que toutes les lois et politiques protègent les droits des femmes et des filles, conformément aux traités et conventions relatifs aux droits humains auxquels l'Afghanistan est partie. https://information.tv5monde.com/terriennes/un-silence-vaut-consentement-en-afghanistan-un-nouveau-decret-rend-legitime-le-mariage-des-fillettes-2823295