loading . . . Interrogations en France sur la sĂ©curitĂ© des oeuvres prĂȘtĂ©es au Louvre Abou Dhabi Par AFP Par JĂ©rĂ©my TORDJMAN © 2026 AFP
NĂ© dans la controverse, le Louvre Abou Dhabi avait Ă©tĂ© dĂ©criĂ© comme le symbole d'une marchandisation de l'art mais la guerre au Moyen-Orient soulĂšve aujourd'hui de nouvelles interrogations liĂ©es Ă la sĂ©curitĂ© des chefs-d'oeuvre prĂȘtĂ©s par la France au musĂ©e Ă©mirati. Projet colossal Ă la croisĂ©e de la culture et de la diplomatie, ce musĂ©e inaugurĂ© fin 2017 reste ouvert et a, pour l'heure, Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© par les missiles iraniens qui ont visĂ© les Emirats arabes unis. Mais Paris reste vigilant. Les autoritĂ©s françaises "sont en liaison Ă©troite et rĂ©guliĂšre avec les autoritĂ©s des Emirats arabes unis pour veiller Ă la protection des Ćuvres prĂȘtĂ©es par la France au Louvre Abu Dhabi", fait savoir le ministĂšre de la Culture, sollicitĂ© par l'AFP. "La sĂ©curitĂ© de nos visiteurs, de notre personnel, ainsi que de nos collections (celles du musĂ©e ou celles en prĂȘt) demeure notre prioritĂ© absolue", indique de son cĂŽtĂ© Ă l'AFP le musĂ©e Ă©mirati. Une grande opacitĂ© entoure les oeuvres issues des collections publiques françaises provisoirement exposĂ©es dans cet Ă©crin de 24.000 m2, fruit d'un partenariat qui doit rapporter Ă terme prĂšs d'un milliard d'euros Ă la France, dont 400 millions pour l'utilisation de la dĂ©nomination Le Louvre. Aucun des Ă©tablissements français contactĂ©s par l'AFP, dont Le Louvre, Versailles, Beaubourg ou Orsay, ne souhaite indiquer quels tableaux ou sculptures sont en prĂȘt Ă Abou Dhabi, dans le cadre d'un partenariat rĂ©munĂ©rĂ© Ă hauteur de 190 millions sur dix ans selon la Cour des comptes (hors expositions temporaires).
Tous renvoient Ă France MusĂ©ums, structure de droit privĂ© qui accompagne le dĂ©veloppement du Louvre Abou Dhabi, dont la collection permanente compte quelque 600 piĂšces. SollicitĂ©e par l'AFP, cette agence consent Ă indiquer que 250 oeuvres sont actuellement en prĂȘt mais refuse d'en donner le dĂ©tail. A l'ouverture en 2017, 300 oeuvres avaient Ă©tĂ© prĂȘtĂ©es par la France, dont des toiles de Vinci, Monet, Van Gogh ou Warhol et une statue de Ramses II. Sur son site, le Louvre indique confier "chaque annĂ©e 100 chefs-dâĆuvre de ses collections" Ă Abou Dhabi. AlĂ©as Avec le dĂ©but de la guerre au Moyen-Orient le 28 fĂ©vrier, certaines voix en France sonnent l'alarme. "Les Ćuvres du Louvre Ă Abou Dhabi doivent ĂȘtre sĂ©curisĂ©es !", exhorte la revue spĂ©cialisĂ©e La Tribune de l'art. "Il faut sortir les Ćuvres du Louvre Abou Dhabi", abonde dans TĂ©lĂ©rama Didier Selles, ex-nĂ©gociateur français de l'accord avec les Emirats.
Une clause du traitĂ© franco-Ă©mirati de mars 2007, qui a donnĂ© naissance au musĂ©e, le permet sous conditions. Son article 13 dispose que "la partie française peut procĂ©der au rapatriement sans dĂ©lai de l'ensemble des Ćuvres" si elle "considĂšre qu'un risque pĂšse sur la sĂ©curitĂ© des Ćuvres". En 2007, lors des dĂ©bats houleux en France sur la crĂ©ation du musĂ©e, l'hypothĂšse d'un retour prĂ©cipitĂ© des oeuvres avait d'ailleurs Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e. "Nous ne prendrons aucun risque avec les oeuvres", assurait Bruno Maquart, alors directeur gĂ©nĂ©ral de France MusĂ©ums. "Nous pourrons faire une opĂ©ration de repli et retirer les oeuvres en cas de danger". Ce responsable, qui ne souhaite pas s'exprimer aujourd'hui, se rĂ©fĂ©rait toutefois aux seuls risques liĂ©s Ă leur conservation (humiditĂ©, chaleur...), signe que les alĂ©as gĂ©opolitiques Ă©taient alors Ă©clipsĂ©s par les dĂ©bats Ă©thiques. "Bizarrement, on ne s'Ă©tait pas inquiĂ©tĂ©s du cĂŽtĂ© potentiellement explosif de la rĂ©gion", confie Ă l'AFP une source culturelle haut placĂ©e, qui tient Ă rester anonyme. Sans mentionner spĂ©cifiquement le Louvre Abou Dhabi, l'Icom, l'organisation internationale des musĂ©es, a d'ailleurs exprimĂ© "sa vive inquiĂ©tude" face "aux risques" auxquels "sont exposĂ©s les musĂ©es et les sites du patrimoine culturel" de la rĂ©gion. Certains se veulent toutefois rassurants s'agissant du Louvre Abou Dhabi. "Il nây a pas de pĂ©ril imminent", certifie Ă l'AFP une source proche du dossier. "C'est un musĂ©e moderne dont la conception a pris en compte les risques dâattaques terroristes ou de sĂ©isme". Le bĂątiment, fait valoir le musĂ©e, est Ă©quipĂ© "dâespaces sĂ©curisĂ©s conçus pour protĂ©ger l'ensemble des collections". Un rapatriement, argumente Ă©galement la source proche, ne serait par ailleurs pas sans danger: "Peut-on imaginer un pont aĂ©rien pour acheminer des oeuvres en plein conflit?". https://information.tv5monde.com/culture/interrogations-en-france-sur-la-securite-des-oeuvres-pretees-au-louvre-abou-dhabi-2813297