loading . . . A Paris, des nuits en "mode survie" pour les jeunes migrants transis de froid Par AFP Par Estelle EMONET © 2026 AFP
FrigorifiĂ©, Boubacar, 16 ans dit-il, extirpe son corps engourdi de sa tente installĂ©e comme plusieurs dizaines d'autres dans le cĆur historique de Paris enneigĂ©. Le GuinĂ©en vient de passer une fois de plus une nuit "trĂšs compliquĂ©e" en "mode survie". Les quais pavĂ©s couverts de neige en bordure de l'Ăźle Saint-Louis offrent un paysage de carte postale que touristes et Parisiens emmitouflĂ©s s'empressent d'immortaliser avec leur appareil photo. En contrechamp, plusieurs dizaines de tentes posĂ©es sur le froid bitume devant un magasin de canapĂ©s convertibles. Quelques 300 jeunes migrants africains, pour la plupart en recours pour faire reconnaĂźtre leur minoritĂ©, viennent d'y passer une rude nuit. PassĂ© l'euphorie de dĂ©couvrir la neige pour la premiĂšre fois de leur vie, l'amertume a envahi le camp installĂ© depuis plusieurs mois. Les multiples Ă©paisseurs de couvertures et le fin sac de couchage n'ont pas rĂ©ussi Ă rĂ©chauffer Boubacar, qui en milieu de matinĂ©e s'asperge le visage d'une bouteille d'eau froide pour se donner un peu d'entrain. "Je ne suis pas arrivĂ© Ă dormir avant 4 heures du matin. Ma tente est dĂ©chirĂ©e j'avais l'impression qu'il neigeait sur moi", raconte le jeune homme qui prĂ©sente des symptĂŽmes grippaux et a mal aux dents. "Tenir" Les couvertures et les plats chauds dĂ©posĂ©s par des passants anonymes devant sa tente igloo, lui apporte un peu de rĂ©confort. Mais le GuinĂ©en, arrivĂ© seul en France il y a neuf mois, s'impatiente. "Combien de temps ça va encore durer?", s'interroge Boubacar, qui rĂ©pĂšte comme un mantra "qu'il faut tenir pour ne pas mourir". Dans un vide administratif, le jeune homme ne bĂ©nĂ©ficie d'aucun revenu. Il n'a pas Ă©tĂ© reconnu mineur, ce qui lui aurait permis d'ĂȘtre pris en charge par l'Aide sociale Ă l'enfance, et attend la dĂ©cision en appel qui peut prendre jusqu'Ă un an. C'est le cas Ă©galement de son compatriote Abbou. Traits tirĂ©s, le garçon essaye de bouger ses doigts douloureux et montre une boĂźte d'antalgiques qui l'aide Ă passer la nuit. ArrivĂ© en France il y a trois semaines, Abbou est l'un des derniers encore sur le camp, ses compagnons d'infortune ont pour la plupart rejoint les accueils de jour, laissant sur place un fatras de couvertures, protĂ©gĂ©s par des bĂąches, qu'ils retrouveront le soir. Un peu de rĂ©pit "C'est dur toute l'annĂ©e, mais avec le froid leurs corps sont encore plus abĂźmĂ©s, ils sont sous tension et en permanence en mode survie", observe Helena Tellio, coordinatrice pour l'ArmĂ©e du Salut de l'un de ces centres d'accueil de la Ville de Paris.
CrĂšme pour lutter contre les dĂ©mangeaisons provoquĂ©es par le froid, thĂ© et cafĂ© fumants, douches, prises Ă©lectriques pour recharger les batteries des tĂ©lĂ©phones: dans ce lieu chauffĂ©, les jeunes migrants bĂ©nĂ©ficient d'un peu de rĂ©pit. Ils peuvent aussi y rencontrer des mĂ©decins et des psychologues. Il sont nombreux Ă souffrir de symptĂŽmes de dĂ©pression, selon les employĂ©s de l'association. Des activitĂ©s leur sont proposĂ©es, mais rares sont ceux qui se distraient avec les jeux de sociĂ©tĂ© proposĂ©s. AffalĂ©s dans des divans, couverture sur le dos pour se rĂ©chauffer et bonnet encore vissĂ© sur la tĂȘte, beaucoup rĂ©cupĂšrent de leur nuit agitĂ©e en attendant de braver Ă nouveau le froid. Mustapha, Ivoirien qui affirme avoir 15 ans, redoute cette Ă©niĂšme nuit dehors. "La neige quand ont est dans une maison au chaud c'est beau Ă regarder, mais dans ces conditions, c'est un stress", confie le garçon. ContactĂ©e par l'AFP, la ville de Paris indique qu'elle "continue Ă demander la mise Ă l'abri de l'ensemble des personnes vivant sur les campements dans les diffĂ©rents sites ouverts par l'Etat, avec le concours de la Ville", "compte tenu de la persistance des tempĂ©ratures trĂšs basses" prĂ©vues mercredi. https://information.tv5monde.com/france/paris-des-nuits-en-mode-survie-pour-les-jeunes-migrants-transis-de-froid-2804299