loading . . . Fausses couches, saignements, malnutrition... Les conditions extrêmes des femmes enceintes dans les camps de détention de l'ICE Par Thomas Ladonne
Le durcissement de la politique anti-immigration de Donald Trump implique la détention dans des camps de la police de l'immigration ICE de nombreux migrants illégaux, originaires du Venezuela ou encore de la Colombie. En leur sein, des femmes enceintes reçoivent " peu ou pas de soins prénataux ", selon des enquêtes de la presse américaine, en contradiction avec les règlements de la police fédérale, que l'institution dit respecter.
Le durcissement de la politique anti-immigration de Donald Trump implique la détention dans des camps de la police de l'immigration ICE de nombreux migrants illégaux, originaires du Venezuela ou encore de la Colombie. En leur sein, des femmes enceintes reçoivent " peu ou pas de soins prénataux ", selon des enquêtes de la presse américaine, en contradiction avec les règlements de la police fédérale, que l'institution dit respecter. Cinq tentes au toit blanc, tout en longueur, se succède. Jusqu'à 3.000 migrants illégaux sont enfermés dans ce camp d'East Montana, dirigé par la police de l'immigration américaine, l'ICE, à quelques pas de la base militaire américaine de Fort Bliss, en périphérie d'El Paso au Texas. Sous ces longues bâches renforcées, disposées côte à côte comme des entrepôts, les conditions de vie sont difficiles. Dormir est un luxe, manger la même chose à chaque repas est le quotidien, tomber malade, la norme. Le camp a même été fermé aux visiteurs jusqu'au 19 mars dernier car la rougeole y circulait fortement. Dans cet environnement hostile, vivent des femmes enceintes. Plusieurs médias américains ont récolté des témoignages éloquents de femmes qui ont réussi à raconter la réalité de leur grossesse en détention, à East Montana ou dans d'autres lieux sous l'autorité de l'ICE. Un manque de soins adéquats Dans le quotidien américain The New York Times , qui a publié l'enquête la plus récente, Candy Castillo Collantes, une vénézuélienne de 38 ans qui avait obtenu un titre de séjour temporaire pendant le mandat du prédécesseur de Donald Trump, Joe Biden (2020-2024), raconte qu'elle en était à son sixième mois de grossesse lorsqu'elle a pénétré une des tentes au toit blanc. Elle est restée 47 jours à constater le désarroi de ses co-détenues et à souffrir d'un manque d'aide médical.
Le journal relate les faits: " Quand Mme Castillo Collantes a été victime de saignements vaginaux et a demandé un suivi médical dans le camp, elle n'a reçu que de l'eau, des vitamines prénatales et une prise de sa température, affirme-t-elle ainsi que son avocat ". Les auteurs et autrices de l'enquête révèlent que leur travail a mené à l'identification de 10 cas qui témoignent d'un manquement de l'ICE à ses règlements, où des femmes ont été détenues jusqu'au huitième mois de grossesse sans nourriture ni soins médicaux adéquats. De son côté, l'ICE, par la voix du ministère de la Sécurité intérieure auquel elle est rattachée, a reconnu, après une demande des sénateurs américains, que 363 femmes enceintes ont été déportées entre le 1er janvier 2025 et le 16 février 2026, selon Skye Wheeler, une chercheuse de l'ONG Human Rights Watch spécialisée dans le droit des femmes. 86 détenues ont été identifiées comme étant enceinte pendant leur détention, dont neuf qui étaient dans le dernier trimestre de leur grossesse. (Re)lire États-Unis: qui est Ilhan Omar, l'élue démocrate aspergée d'une substance nauséabonde et cible régulière du camp Trump? Le ministère précise que ces femmes ont reçu tous les soins nécessaires à l'accompagnement serein d'une grossesse. " Les femmes enceintes bénéficient de consultations prénatales régulières, de services de santé mentale, d’un accompagnement nutritionnel et de conditions d’hébergement conformes aux normes de soins en vigueur dans la communauté ", a déclaré dans un communiqué Lauren Bis, une porte-parole du ministère. C'est pourtant ce point qui est dénoncé dans la presse américaine. " La plupart des femmes interviewées pour cet article affirment que pendant leur détention par l'ICE, elles ont reçu peu ou pas de soins prénataux - un suivi censé favoriser une grossesse saine, et supposé apporter des consultations régulières, des analyses et des échographies ", détaille le New York Times . Menottes aux poignets et aux chevilles Selon le média américain NBC , plusieurs associations " réclament que l'ICE identifie et libère toutes les femmes enceintes en détention et s'abstienne de détenir quiconque étant enceinte, venant d'accoucher ou allaitant ". Dans les règlements de la police de l'immigration, il est pourtant interdit de les détenir. " En règle générale, l'ICE ne doit pas détenir, arrêter ou garder à vue, pour une violation administrative des lois sur l'immigration, une personne manifestement enceinte, qui vient d'accoucher ou qui allaite, à moins que la libération ne soit interdite par la loi ou qu'il n'existe des circonstances exceptionnelles ", peut-on lire dans la Directive 11032.4 de l'ICE . La chaîne de télévision publique américaine PBS explique qu'au-delà des détentions, des femmes enceintes ont dénoncé avoir été déplacées avec des menottes aux poignets et aux chevilles. Une lettre écrite par ces femmes affirme qu'" elles étaient entravées pendant qu'elles étaient déplacées, placées à l'isolement pendant plusieurs jours ". L'article de PBS raconte une scène vécue par une détenue. " Un agent lui a dit qu'il envisageait de lui enlever ses menottes mais qu'il craignait qu'elle s'échappe. 'Comment pourrais-je m'enfuir si je suis enceinte?', a répondu la femme, explique-t-elle ." (Re)lire Capgemini, Palantir, Deloitte... Ces entreprises qui gagnent de l'argent grâce à ICE Pourtant, la loi nationale en matière de détention , estampillée du logo de l'ICE, est formelle: " Une femme enceinte ou une femme qui vient d'accoucher ne doit pas être soumise à des mesures d'entraves, sauf en cas de circonstances véritablement exceptionnelles [...] comme peut l'attester un supérieur hiérarchique et sur instruction de l'autorité médicale sur place. Cette interdiction générale des mesures d'entraves s'applique à toutes les femmes enceintes placées sous la garde de l'ICE, que ce soit pendant leur transfert, dans un centre de détention ou dans un établissement médical externe. Les mesures d'entraves ne sont en aucun cas autorisées pour les femmes qui ont commencé où sont en train d'accoucher. " Dans son témoignage dans le camp d'East Montana, Candy Castillo Collantes raconte qu'elle avait entendu des rumeurs selon lesquelles des femmes avait commencé à accoucher sous les tentes. Elle craignait être la prochaine. Selon les chiffres avancés par Skye Wheeler de Human Rights Watchs, 16 fausses couches en détention ont été recensées jusqu'à septembre 2025. C'est le cas d'Angie Rodriguez, qui a raconté sa fausse couche dans le centre de détention de Mesa Verde à Bakersfield. " Menottées pendant une fausse couche " Le quotidien San Francisco Chronicles explique que cette jeune femme de 26 ans a découvert sa grossesse quelques semaines après être entrée à Mesa Verde. " Ce n'était pas le moment où je voulais apprendre que j'allais devenir mère ", explique-t-elle au quotidien américain. Le journal explique ensuite qu'" en l'espace de quelques semaines, [elle] a fait une fausse couche, dans des circonstances qui auraient interpellé un juge fédéral et propulsé cette jeune femme au premier plan d'un problème méconnu au sein des centres de détention américains ".
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Selon une étude publiée dans The Conversation , les fausses couches en règle générale provoquent de l'anxiété, des dépressions, et autres troubles psychologiques. Eunice Cho, l'avocate principale de l'ACLU, une célèbre association américaine de défense des droits et libertés individuelles, affirme auprès de NBC que des femmes ont vu se cumuler les conditions extrêmes décrites. "C ertaines femmes racontent avoir été menottées et immobilisées alors qu’elles faisaient une fausse couche ; d’autres supplient qu’on leur donne des choses aussi élémentaires que des vitamines prénatales, mais se voient refuser ces soins ", alerte-t-elle. Ces témoignages poignants s'ajoutent aux scandales provoqués par des agents de la police de l'immigration. L'américaine Renée Good et son concitoyen Alex Pretti ont été tués par balle des mains d'agents de l'ICE en janvier dernier. Les conditions de détention sont généralement dénoncées, avec un accent mis sur les suicides dans les camps. Selon un sondage , près de deux-tiers des Américains considèrent que l'ICE est allée trop loin dans sa campagne de répression contre l'immigration impulsée par le retour Donald Trump à la Maison Blanche. (Re)lire États-Unis: Donald Trump déploie l'ICE dans les aéroports face aux files d'attente à rallonge liées au "shutdown" https://information.tv5monde.com/terriennes/fausses-couches-saignements-malnutrition-les-conditions-extremes-des-femmes-enceintes-dans-les-camps-de-detention-de-lice-2814899