loading . . . Spliiit lourdement condamnĂ©e : cette fois, lâaddition ne se partage pas Dur retour Ă la rĂ©alitĂ© pour Spliiit. Ce service, qui permet de diviser la facture dâenviron 300 abonnements numĂ©riques (cinĂ©ma, informatique, musiqueâŠ) en partageant son accĂšs avec dâautres internautes inscrits, vient de subir un lourd revers. Lâinitiative nâa logiquement jamais Ă©tĂ© du goĂ»t des gĂ©ants du secteur, Ă commencer par Apple, Disney et Netflix, qui ont fini par porter lâaffaire devant les tribunaux. AprĂšs lâĂ©chec des tentatives de nĂ©gociation entre les parties, le tribunal judiciaire de Paris a rendu son verdict Ă la fin de la semaine derniĂšre, et il ne fait pas dans la dentelle.
Spliiit doit négocier avec Apple, Disney et Netflix sur le partage des abonnements
La notion de « famille » clarifiée par les juges
Dans une dĂ©cision fleuve dâune cinquantaine de pages publiĂ©e par le site LâInformĂ©ïżŒ, la justice a tranchĂ© dans le vif : le tribunal a retenu la complicitĂ© de Spliiit dans la violation des conditions gĂ©nĂ©rales dâutilisation (CGU) des plateformes. Le cĆur du dĂ©bat juridique portait sur la sĂ©mantique, parfois floue, employĂ©e par les services concernĂ©s. Si Apple autorise un partage au sein dâune « famille » et Netflix au sein dâun « foyer », les magistrats ont estimĂ© que cette tolĂ©rance contractuelle avait des limites. Le tribunal a ainsi balayĂ© lâambiguĂŻtĂ© en prĂ©cisant que ces termes ne sauraient en aucun cas englober des personnes totalement Ă©trangĂšres les unes aux autres, dĂ©pourvues de tout lien affectif ou dâune communautĂ© de vie.
En somme, offrir un espace de mise en relation pour permettre à de parfaits inconnus de mutualiser leurs accÚs a été considéré comme une complicité dans la violation des contrats liant les utilisateurs aux plateformes concernées.
Concurrence déloyale et communication trompeuse
La pilule est dâautant plus amĂšre que la start-up est Ă©galement Ă©pinglĂ©e pour concurrence dĂ©loyale et contrefaçon de marque. Lâavocat des plaignants a mis en lumiĂšre la communication pour le moins arrangeante de Spliiit avec la rĂ©alitĂ©. La plateforme se targuait publiquement dâĂȘtre en contact avec de nombreux Ă©diteurs pour amĂ©liorer lâexpĂ©rience utilisateur et affirmait ne pas enfreindre les CGU. Or, en coulisses, lâentreprise collectionnait les mises en demeure de la part de poids lourds de lâindustrie, parmi lesquels Amazon, Canal+, Spotify ou encore Warner Bros.
Ă cela sâajoute le volet de la contrefaçon. Bien que Spliiit ait affirmĂ© avoir cessĂ© dâutiliser les logos officiels dâApple, Netflix et Disney Ă la fin de lâannĂ©e 2021 pour se limiter Ă lâusage de leurs noms, un constat dressĂ© quelques mois plus tard a prouvĂ© la persistance de ces Ă©lĂ©ments visuels sur les rĂ©seaux sociaux de la jeune pousse.
Une provision de prĂšs de 800 000 euros
Les consĂ©quences financiĂšres sont immĂ©diates. Spliiit est sommĂ©e de cesser les mises en relation concernant les abonnements des trois plaignants lorsquâelles conduisent Ă violer leurs CGU. Lâentreprise doit surtout verser une provision de 785 000 euros, dans lâattente de lâĂ©valuation dĂ©finitive des prĂ©judices, auxquels sâajoutent 49 000 euros de frais de justice. Dans le dĂ©tail de ces provisions, qui incluent Ă©galement la contrefaçon de marque, Netflix obtient 630 000 euros, Disney 120 000 euros et Apple 35 000 euros.
Surtout, lâaddition pourrait encore sâalourdir de maniĂšre trĂšs significative. Pour permettre aux trois sociĂ©tĂ©s de chiffrer prĂ©cisĂ©ment leur prĂ©judice dĂ©finitif, Spliiit doit fournir sous astreinte de 500 euros par jour lâhistorique complet des partages depuis 2019 concernant Apple TV+, Apple One, Apple Arcade, Apple Music, iCloud, Netflix et Disney+, en y incluant les sommes perçues, son chiffre dâaffaires et ses marges brutes.
Face Ă ce sĂ©isme judiciaire, le PDG de Spliiit, Jonathan Lalinec, a annoncĂ© son intention de faire appel, fustigeant une dĂ©cision « consternante » pour les utilisateurs et la libertĂ© commerciale. Du cĂŽtĂ© des plateformes amĂ©ricaines, le silence est de mise : Netflix indique ne pas commenter les dĂ©cisions de justice, tandis quâApple et Disney nâont pas rĂ©pondu aux sollicitations de LâInformĂ©. La Motion Pictures Association, qui reprĂ©sente leurs intĂ©rĂȘts, finalise de son cĂŽtĂ© son analyse du jugement avant une Ă©ventuelle prise de parole officielle. http://dlvr.it/TSpcjS