loading . . . Au Mozambique, TotalEnergies redĂ©marre, lâĂtat islamique se renforce **Oeuvre sans nom de Malangatana Valente Ngwenya (peintre mozambicain), 1967 (Tate Britain, Londres).**
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## DANS LâACTU
**AU MOZAMBIQUE, TOTALENERGIES REDĂMARRE, LâĂTAT ISLAMIQUE SE RENFORCE**
En avril 2021, le groupe pĂ©trolier français TotalEnergies annonçait la suspension pour _« force majeure »_ de son gigantesque projet gazier au Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique. La dĂ©cision faisait suite Ă la prise sanglante de la ville de Palma par lâĂtat islamique au Mozambique (ISM). Un coup dur pour la compagnie, actionnaire majoritaire de Mozambique LNG, qui prĂ©voit dâinjecter 20 milliards de dollars (17 milliards dâeuros) pour extraire le gaz de la neuviĂšme plus grande rĂ©serve du monde. Un peu de moins de cinq ans plus tard, le 29 janvier, le PDG du groupe, Patrick PouyannĂ©, est venu dans le pays annoncer _« la levĂ©e de la force majeure »_ et la reprise de lâensemble de ses activitĂ©s.
Pourtant, ce projet a subi de nombreuses secousses. DĂšs le dĂ©part, il sâappuie sur un scandale de corruption entre la France et le Mozambique, rĂ©vĂ©lĂ© par _Le Monde_ en 2015. En 2020, lâONG Les Amis de la Terre enfonçait le clou avec son rapport « Mozambique. De lâeldorado gazier au chaos ». Celui-ci soulignait la _« corruption, [la] militarisation, [lâ] aggravation des dĂ©rĂšglements climatiques et [les] violations des droits humains »_ quâallait gĂ©nĂ©rer Mozambique LNG.
Trois ans plus tard, en 2023, des survivants et des familles de victimes de lâattaque du 24 mars 2021 Ă Palma dĂ©posaient une plainte pĂ©nale en France contre la firme pour _« homicide involontaire et non-assistance Ă personne en danger »_. Cette dĂ©marche a Ă©tĂ© renforcĂ©e, en 2024, par deux enquĂȘtes journalistiques (_Politico_ et _Le Monde_) : celles-ci ont rĂ©vĂ©lĂ© des exactions contre les populations civiles commises par des soldats mozambicains en charge de la sĂ©curisation du site. Ces publications ont conduit lâONG European Center for Constitutional and Human Rights Ă porter plainte contre TotalEnergies et contre X, en novembre 2025, auprĂšs du parquet national antiterroriste français.
Un mois aprĂšs, lâAngleterre dĂ©cidait de quitter le projet et, face aux hĂ©sitations des Pays-Bas Ă faire de mĂȘme, TotalEnergies dĂ©cidait de se passer des financements de ce dernier pays. Un nouveau coup dur alors que, au dĂ©but de la mĂȘme annĂ©e, 126 ONG avaient appelĂ© les banques Ă cesser leur soutien financier Ă Mozambique LNG...
MalgrĂ© tout, la multinationale, Ă©galement attaquĂ©e de toute part pour son projet Ă©cocide en Ouganda, a quand mĂȘme dĂ©cidĂ© de poursuivre Mozambique LNG estimant, notamment, que la sĂ©curitĂ© Ă©tait suffisante⊠Mais est-ce vraiment le cas ?
Depuis lâarrivĂ©e des soldats rwandais, la situation sâest amĂ©liorĂ©e. Un rapport de The Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled), consacrĂ© aux nouvelles sources de revenu de lâISM et publiĂ© le 22 janvier, montre que, par exemple, _« les saisies dâarmes ont considĂ©rablement augmentĂ© au cours du second semestre 2021, probablement en rĂ©ponse Ă lâintervention militaire du Rwanda et de la Mission de la CommunautĂ© de dĂ©veloppement de lâAfrique australe au Mozambique (Samim). Au cours des premiers mois de leur intervention, le Rwanda et la Samim ont pris pour cible les bases de lâISM, saisissant de grandes quantitĂ©s dâarmes et dâautres fournitures »_. Les effectifs du groupe ont par ailleurs fortement diminuĂ©, passant de 3 000 combattants estimĂ©s au plus fort de son activitĂ© Ă 300 aujourdâhui.
Mais le rapport pointe surtout une forte _« rĂ©silience »_ de lâISM et une Ă©volution de son activitĂ©. Le groupe djihadiste, dont les actions _« reprĂ©sentent plus de 11 % de lâactivitĂ© violente de lâ[lâĂtat islamique] Ă lâĂ©chelle mondiale en 2025 »_, a notamment diversifiĂ© ses sources de revenus. LâAcled montre que le recours aux enlĂšvements contre rançon a fortement augmentĂ© : les kidnappings sont passĂ©s de 1 % de lâensemble des Ă©vĂšnements violents attribuĂ©s aux insurgĂ©s en 2021 Ă 12 % en 2025. _« Les enlĂšvements contre rançon aux barrages routiers sont particuliĂšrement lucratifs. En une semaine, en mars 2025, lâISM aurait rĂ©coltĂ© plus de 3 000 dollars grĂące aux enlĂšvements et aux extorsions commis aux barrages routiers sur la N380 »_, prĂ©cise lâorganisation.
Les activitĂ©s de lâISM ont Ă©galement connu une progression Ă proximitĂ© des sites miniers (or et principales pierres prĂ©cieuses). Si _« les donnĂ©es indiquent que la prĂ©sence du groupe dans les zones miniĂšres devient plus prononcĂ©e et que son importance pour le groupe sâaccroĂźt »_, rien _« ne suggĂšre que le groupe contrĂŽle activement une quelconque exploitation miniĂšre »_, prĂ©cise lâAcled, ajoutant que seules des preuves dâextorsions auprĂšs de mineurs ont pu ĂȘtre Ă©tablies.
Enfin, le groupe bĂ©nĂ©ficie de soutiens financiers extĂ©rieurs, notamment via lâEI en Somalie. Selon lâAcled, lâenvoi de fonds est notamment facilitĂ© par le manque de contrĂŽles des autoritĂ©s sur les paiements mobiles, via des applications telles que M-Pesa de Vodacom, e-Mola de Movitel et mKesh de Tmcel.
_« Une augmentation significative des revenus en espĂšces indique que le groupe a un potentiel de croissance »_, conclut lâAcled. _« Les revenus en espĂšces permettent Ă lâISM dâattirer de nouvelles recrues et de les fidĂ©liser. Ils peuvent Ă©galement permettre de continuer Ă sâapprovisionner en armes par le biais de rĂ©seaux corrompus au sein des forces armĂ©es et dâacheter des Ă©quipements spĂ©cialisĂ©s, tels que des drones, ou une assistance technique, par exemple pour la fabrication dâengins explosifs improvisĂ©s. »_
Ce rapport tranche avec la sĂ©rĂ©nitĂ© affichĂ©e par le patron de TotalEnergies et le prĂ©sident du Mozambique, Daniel Chapo (Ă©lu dans des conditions exĂ©crables fin 2024). La dĂ©cision de lever la « force majeure » et de relancer pleinement les activitĂ©s du groupe repose moins sur des considĂ©rations sĂ©curitaires que sur lâambition de gĂ©nĂ©rer au plus vite des revenus, pour la compagnie et pour le pays, qui prĂ©voient dâexpĂ©dier les premiers mĂštres cubes de gaz liquĂ©fiĂ© dĂšs 2027.
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## Ă VOIR
**UNE EXPO Ă BUJUMBURA POUR DĂCOUVRIR LES PHOTOGRAPHES DU BURUNDI**
Pour celles et ceux qui se trouvent au Burundi, ne ratez pas, Ă partir du 21 fĂ©vrier et jusquâau 1er mars, lâexposition finale du Labphoto, Ă lâInstitut français du Burundi. Ce projet vise la professionnalisation et la diffusion du travail des photographes et des artistes burundais. Les photographes exposĂ©s sont AnaĂŻs Hashazinka, Junior Safari, Charissa Daniella Iradukunda, Jean-Baptista Ndezako, Bruno Nsengiyumva et Landry Nshimiye.
Ils ont Ă©tĂ© accompagnĂ©s pendant neuf mois et ont participĂ© Ă une rĂ©sidence Ă Lagos, au Nigeria, dans le cadre du Lagos Photo Festival, une plateforme dâĂ©changes avec des professionnels rĂ©gionaux et internationaux de la photo.
Ce travail est encadré par Martina Bacigalupo, photographe et éditrice photo italienne qui a vécu et travaillé au Burundi et dans la région des Grands Lacs pendant dix ans, impliquée dans la promotion du travail des photographes burundais depuis 2007, et Bénédicte Kurzen, photographe française qui, depuis 2005, a vécu et travaillé en Afrique du Sud et au Nigeria.
**à voir : Labphoto, du 21 février au 1 er mars 2026, Institut français du Burundi. Vernissage le 20 février à 18 heures.**
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## LES ARTICLES DE LA SEMAINE
**Soudan. Le Kadamoul, un symbole social et politique**
**Analyse ·** PortĂ© initialement pour des raisons climatiques, le kadamoul a depuis quelques dĂ©cennies bien dâautres usages. Ce foulard, commun aux peuples du dĂ©sert, concentre une charge symbolique, politique et culturelle forte que les belligĂ©rants de la guerre qui dĂ©chire le pays depuis bientĂŽt trois ans ne manquent pas dâexploiter.
**Par Louise Aurat et Fouad Ibrahim Shousha**
**Ibrahima Poudiougou : « Les populations sont trÚs fatiguées »**
**Entretien ·** Depuis plus de dix ans, le delta central du Mali traverse une crise majeure qui oppose des combattants dâautodĂ©fense appartenant aux groupes sĂ©dentaires et des djihadistes se rĂ©clamant de groupes nomades, autour dâenjeux liĂ©s aux Ă©quilibres sociaux hĂ©ritĂ©s du passĂ©. Lâanthropologue Ibrahima Poudiougou, spĂ©cialiste des questions dâaccĂšs aux ressources naturelles, rĂ©pond aux questions dâ _Afrique XXI_ sur le rapport de force et les itinĂ©raires individuels et collectifs qui percutent des mĂ©moires rĂ©elles et fantasmĂ©es.
**Par Nathalie Prévost**
**Dans le sud de lâĂthiopie, la sĂ©cheresse menace encore les plaines du Borana**
**Reportage ·** Depuis la sĂ©cheresse historique ayant affectĂ© ces terres pastorales entre 2020 et 2023, les efforts de rĂ©habilitation des sols se sont accĂ©lĂ©rĂ©s. Mais les rĂ©sultats tardent Ă arriver, alors quâun nouvel Ă©pisode aride fait rage depuis octobre 2025.
**Par Nadia Lesdos**
## IN ENGLISH
**In Goma, civilians caught between an armed group and an absent state**
**Opinion ·** Crisis Groupâs Director for the Great Lakes region discusses the consequences of the Rwanda-backed M23âs continued grip on the city of Goma. Caught between threats from the armed group and coercive measures imposed by Kinshasa, the population has little choice but to cooperate while engaging in passive resistance.
**By Richard Moncrieff et International Crisis Group**
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