loading . . . Mort de Lyhanna : nây a-t-il vraiment eu "quâune sanction en quinze ans" contre des magistrats, comme le dit Bruno Retailleau ? - Les Surligneurs Source :Bruno Retailleau, Le Parisien, le 6 juin 2026 Etiqe :non Contenu : Les rĂ©actions politiques pointant la responsabilitĂ© de dĂ©faillances du systĂšme judiciaire dans la mort de Lyhanna, 11 ans, sâenchaĂźnent. LâexĂ©cutif dĂ©nonce des « failles « et des « dysfonctionnements « qui ont conduit Ă ce que le principal suspect dans la disparition de la collĂ©gienne, dont le corps a Ă©tĂ© retrouvĂ© le 4 juin, nâa jamais Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ© alors quâil Ă©tait visĂ© par plusieurs plaintes, dont certaines pour des viols sur mineures.Â
Bruno Retailleau, actuel prĂ©sident des RĂ©publicains et ministre de lâIntĂ©rieur entre septembre 2024 et octobre 2025, a, lui aussi, rĂ©agi au drame, le qualifiant « dâabominable naufrage judiciaire »  dans une interview donnĂ©e au Parisien , le 6 juin 2026.Â
InterrogĂ© sur la circulaire « Darmanin » â envoyĂ©e par le ministre Ă©ponyme en janvier 2025 et qui appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants â Bruno Retailleau a attaquĂ© les parquets, les accusant de ne pas respecter les consignes du ministre de la Justice.Â
Estimant que les magistrats sont insuffisamment contrĂŽlĂ©s par leurs pairs, le candidat Ă lâĂ©lection prĂ©sidentielle propose de modifier les mĂ©canismes de sanctions les visantÂ
Lâancien ministre souhaite ainsi crĂ©er une cour disciplinaire de la magistrature Ă la place du CSM pour « écarter toute tentation ou sentiment corporatiste ».
« Chaque annĂ©e, il y a des centaines de saisines de justiciables qui nâaboutissent pas. Les mĂ©canismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas. Ils dĂ©pendent du Conseil supĂ©rieur de la magistrature (CSM) qui est trop corporatiste dans sa composition. Ce qui explique quâen une quinzaine dâannĂ©es, une seule sanction, en lâoccurrence un blĂąme, a Ă©tĂ© prise »,  explique-t-il.Â
En tentant de capitaliser sur la disparition tragique de cette enfant, Bruno Retailleau est pourtant allĂ© trop vite en besogne. Le CSM, dont lâorganisation est rĂ©gie par lâarticle 65 de la Constitution , nâa pas rendu quâune seule dĂ©cision de sanction, comme lâaffirme lâancien ministre.Â
Le pouvoir de discipline du Conseil Supérieur de la Magistrature
Comme la Constitution le prĂ©voit, le CSM a trois pouvoirs : la nomination des magistrats, la veille et lâassistance et le contrĂŽle. Sur ce dernier point, le CSM peut prononcer des sanctions Ă lâencontre des magistrats du siĂšge (les juges) et propose des avis Ă lâencontre des magistrats du parquet (les procureurs) pour lesquels la sanction sera ensuite prononcĂ©e par le Garde des Sceaux lui-mĂȘme, qui peut dĂ©cider de ressaisir le CSM sâil estime quâune sanction plus sĂ©vĂšre doit sâappliquer.
Entre 2015 et 2025, 115 saisines ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es (88 pour la formation siĂšge, 33 pour la formation parquet), explique le CSM aux Surligneurs. Rien quâen 2025, neuf sanctions ont Ă©tĂ© prononcĂ©es ou suggĂ©rĂ©es, dont deux rĂ©vocations.Â
DâaprĂšs le site du CSM , depuis 1958, le Conseil a rendu 312 avis ou dĂ©cisions disciplinaires et prononcĂ© ou proposĂ© 228 sanctions, dont prĂšs dâun tiers entraĂźnait lâexclusion dĂ©finitive du magistrat.
Il est donc tout Ă fait faux de dire que le CSM nâaurait prononcĂ© quâune sanction sur les quinze derniĂšres annĂ©es.
Ceci dit, sâil ne lâa pas prĂ©cisĂ© concrĂštement, Bruno Retailleau a pu faire rĂ©fĂ©rence Ă une procĂ©dure spĂ©cifique de saisines : celles Ă©manant directement de citoyens.Â
Des plaintes des justiciables depuis 2011
La majoritĂ© des saisies sont rĂ©alisĂ©es par le Garde des Sceaux lui-mĂȘme (100 saisines entre 2015 et 2025), mais les chefs de cours (les prĂ©sidents de cour ou les procureurs gĂ©nĂ©raux) ont aussi cette autoritĂ© (six saisines). Depuis la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008, tout justiciable peut saisir le Conseil SupĂ©rieur de la Magistrature sâil estime quâun magistrat quâil soit du siĂšge ou du parquet a eu un comportement inadaptĂ© passible de sanctions disciplinaires.Â
Depuis la mise en Ćuvre de la rĂ©forme en 2011, des milliers de courriers ont Ă©tĂ© envoyĂ©s Ă lâorganisme. « En pratique, environ 15 % des courriers reçus donnent lieu Ă lâenregistrement dâune plainte et Ă son examen par la commission ou le seul prĂ©sident »,  prĂ©cise le CSM. Entre cette date et lâannĂ©e 2025, plus de 4 600 plaintes ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es, dâaprĂšs nos calculs issus des rapports annuels du CSM.Â
Or, sur lâensemble de ces plaintes, trĂšs peu de dossiers ont Ă©tĂ© renvoyĂ©s en procĂ©dure disciplinaire : neuf plaintes ont passĂ© les Ă©tapes pour arriver devant le conseil de discipline des magistrats du siĂšge ou du parquet, depuis 2011. Une seule dâentre elles sâest soldĂ©e par une sanction disciplinaire contre un magistrat, en juin 2024 . Ce dernier avait reçu un blĂąme avec inscription Ă son dossier pour nâavoir pas rendu lâordonnance de rĂšglement, malgrĂ© de nombreuses relances.Â
La majoritĂ© des plaintes est jugĂ©e « manifestement irrecevable ». En effet, le CSM doit vĂ©rifier que le Conseil est compĂ©tent sur le comportement et le magistrat dĂ©noncĂ©, que lâexpĂ©diteur du courrier est bien un justiciable concernĂ© par lâaffaire en question, mais aussi que le dossier comporte les bonnes piĂšces (piĂšce dâidentitĂ©, signatures, etc.).Â
 « Plus dâun quart [des plaignants] confond la plainte pour motif disciplinaire avec une voie de recours [âŠ] de sorte que la plupart du temps, derriĂšre des griefs tenant Ă la partialitĂ© dâun juge, câest en rĂ©alitĂ© le sens dâune dĂ©cision dĂ©favorable que le justiciable conteste »,  est-il Ă©crit dans le rapport annuel 2025.Â
Le justiciable mĂ©content dâune dĂ©cision de justice doit faire appel ou aller en cassation : la plainte devant le CSM nâest pas faite pour contester une dĂ©cision de justice, mais pour dĂ©noncer le comportement dâun juge (nĂ©gligences, attitude dĂ©placĂ©e, non-respect du devoir de rĂ©serve ou du secret du dĂ©libĂ©rĂ©, etc.). Ă supposer mĂȘme quâun juge se trompe dans un jugement, ce nâest pas au CSM dâen connaĂźtre, mais au juge supĂ©rieur.
De la mĂȘme façon, la dĂ©finition de ce quâest ou non une faute disciplinaire nâest pas forcĂ©ment bien comprise par les justiciables tentant de rĂ©aliser une saisine auprĂšs du CSM. « Les membres des commissions font le constat que certains comportements de magistrats, sans ĂȘtre susceptibles de revĂȘtir une qualification disciplinaire, peuvent nĂ©anmoins avoir un retentissement particulier pour un justiciable qui ne maĂźtrise pas nĂ©cessairement les termes et les usages judiciaires et participent de leur perte de confiance dans la justice. »
Cette voie de saisine en particulier nâa pas conclu Ă des manquements massifs de la part des magistrats mis en cause, mais le CSM a bel et bien prononcĂ© des sanctions par dâautres voies de saisine.Â
Les critiques du prĂ©sident des RĂ©publicains Ă lâencontre du Conseil SupĂ©rieur de la Magistrature doivent aussi ĂȘtre contextualisĂ©es. Sâil estime que celle-ci est « trop corporatiste dans sa composition »,  il faut tout de mĂȘme rappeler que sur les 15 (16 pour lâactivitĂ© disciplinaire) personnes des formations siĂšge et parquet, huit dâentre elles sont des personnalitĂ©s extĂ©rieures qui ne sont pas des magistrats â « un conseiller dâĂtat dĂ©signĂ© par le Conseil dâĂtat, un avocat ainsi que six personnalitĂ©s qualifiĂ©es qui nâappartiennent ni au Parlement, ni Ă lâordre judiciaire, ni Ă lâordre administratif »  dĂ©signĂ©s par le prĂ©sident de la RĂ©publique, le prĂ©sident de lâAssemblĂ©e nationale et le prĂ©sident du SĂ©nat.
Concernant la gestion des affaires liĂ©es au principal suspect dans la mort de Lyhanna, une enquĂȘte administrative, menĂ©e par lâInspection gĂ©nĂ©rale de la justice et lâInspection gĂ©nĂ©rale de la gendarmerie nationale doit clarifier sâil y a eu des manquements de la part de magistrats et enquĂȘteurs, dâici au 19 juin . La chancellerie a annoncĂ© que « des sanctions administratives pourront ĂȘtre prononcĂ©es ».
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Auteurs : Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteurs : Jean-Paul Markus, professeur de droit public Ă lâUniversitĂ© Paris-Saclay
Etienne Merle, journaliste
Liens dâintĂ©rĂȘts ou fonctions politiques dĂ©clarĂ©s des intervenants Ă lâarticle : aucun
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