loading . . . Récit d’un contrôle qui dégénère À la brigade de surveillance générale de nuit, ils ont partagé une poignée de mois d’interventions, liés par un respect commun des institutions et l’habitacle d’un véhicule de patrouille. Devant le tribunal correctionnel de Tours, jeudi 18 décembre, tout, désormais, oppose les deux policiers municipaux. Jusqu’aux versions que ces deux coéquipiers, poursuivis pour violences aggravées , livrent à la barre.
« Pourquoi ce mec me donne des coups de poing ? »
« Je lui ai mal parlé et lui ai mis une gifle parce qu’il montait en pression », concède Pascal. Mais l’œil tuméfié du jeune cycliste de 22 ans, violemment plaqué au sol, c’est Daniel « qui, après une insulte, s’est jeté sur lui, l’a attrapé par le col et les cheveux puis l’a secoué » sur le pavé. Stupeur dans l’assemblée, composée notamment de nombreux policiers et du directeur de service. Les séquences captées lors de l’arrestation rue de Bordeaux sont projetées sur les grands écrans qui dominent la salle d’audience Robert-Badinter. Quatorze minutes qui défilent péniblement pour retracer l’intervention musclée du 16 mai, vers 3 h 30.
« Pourquoi ce mec me donne des coups de poing, dites-moi juste pourquoi ? », s’inquiète la victime, interceptée au guidon de son vélo. L’extrait est filmé par la caméra-piéton du chef d’équipage. Encerclé par les trois policiers municipaux, Luca, aperçu plus tôt casque sur les oreilles, zigzagant sur la voie de bus avenue de Grammont, palabre pour tenter d’échapper à une contravention. Et supplie.
L’interpellation s’éternise : « Un problème équivalent, ça se traite en maximum cinq minutes », éclaire le gardien-brigadier, sans hésiter à charger son supérieur. L’instruction minutieuse du dossier avait permis de brosser le portrait d’un commandement défaillant. « J’ai paniqué, je n’ai pas été un bon chef », admet Daniel, le plus expérimenté des deux.
Dans les images diffusées à l’audience, le bras d’un policier entre dans le champ et saisit le visage du cycliste, jusqu’à le mener vers l’arrière du véhicule sérigraphié. « Fais gaffe, il y a la caméra[de vidéosurveillance municipale] juste au-dessus », prévient le chef de service, en se détournant de la scène. Fin de la captation.
Suspendus depuis octobre
Si le procès a consisté essentiellement à écarter les incohérences ressortant des auditions et à tenter de démêler les versions contradictoires, il a rapidement semblé acquis que le chef de service et le gardien-brigadier sommés de comparaître à la barre ont perdu le contrôle de l’intervention du 16 mai.
« Il est attendu d’eux un comportement exemplaire : on ne peut pas cautionner des violences, ni sur des policiers, ni par des policiers, a rappelé la procureure de Tours, montée au pupitre. Pour moi, il y a deux auteurs de violences. »Quatre mois de prison assortis d’un sursis simple ont été requis à leur encontre.
« Ils ne sont pas la honte de la République, est venu contrecarrer M e Abed Bendjador fils , ils sont les vigies de nos nuits, de notre sécurité », plaidant « un accident de parcours » de deux fonctionnaires territoriaux aux casiers judiciaires jusque-là vierges. Placés sous contrôle judiciaire le 1 er octobre, les deux mis en cause avaient été suspendus à titre conservatoire par la Ville de Tours. Alors que le dernier mot leur était laissé, tous deux ont exprimé leur « honte » de se trouver dans une enceinte judiciaire et ont répété leurs « excuses sincères » au jeune homme, absent mais représenté. « Ce soir-là, l’uniforme n’a pas protégé mais il a frappé », avait enfoncé M e Güler Ergün, conseil de Luca. La décision du tribunal a été mise en délibéré au 29 janvier 2026. https://www.lanouvellerepublique.fr/tours/violences-lors-d-une-interpellation-a-tours-recit-d-une-interpellation-hors-de-controle-1766184214