loading . . . 2026 | Bulletin d’info de janvier : L’actu des organisations membres de LVC dans le monde entier **(Bagnolet : 6 février 2026)** L’année 2026 a débuté dans un contexte de guerre croissante, de répression, de criminalisation de la résistance et de graves catastrophes climatiques en Afrique du Sud et du Nord, en Europe et en Amérique du Nord. Malgré ces défis, de fortes expressions de solidarité mondiale ont perduré. **La Via Campesina a affirmé** son soutien aux côtés des paysan·ne·s du Venezuela, condamnant l’agression militaire des États-Unis, les violations de la souveraineté et les ingérences étrangères, tout en réaffirmant le droit du peuple vénézuélien à l’autodétermination.
Alors que les conflits géopolitiques s’intensifient et que le contrôle des entreprises sur les terres, les territoires et les ressources naturelles se renforce, les mouvements sociaux et les peuples autochtones du monde entier se mobilisent autour de **la Deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR+20),** organisée par le gouvernement de la République de Colombie et qui se tiendra à Carthagène, en Colombie, du 24 au 28 février 2026.
En tant que groupe de travail du Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (IPC) sur les terres, les forêts, l’eau et les territoires, La Via Campesina, aux côtés d’autres mouvements mondiaux, organisera le Forum des mouvements sociaux et des peuples autochtones les 22 et 23 février, afin de préparer leurs propositions collectives pour la Conférence officielle.
En **France,** La Via Campesina a tiré la sonnette d’alarme face à la criminalisation croissante des responsables paysan·ne·s qui défendent la souveraineté alimentaire. Une mobilisation pacifique de la Confédération paysanne devant le ministère de l’Agriculture à Paris, le 14 janvier 2026, a conduit à l’interpellation forcée de 52 paysan·ne·s, illustrant le durcissement de la répression étatique à l’encontre du monde paysan.
La période a également été marquée par des événements climatiques dévastateurs : des inondations soudaines au Mozambique, en Afrique du Sud et au Zimbabwe ont touché de manière disproportionnée les communautés rurales, tandis que des tempêtes hivernales historiques en Amérique du Nord et la tempête Chandra au Royaume-Uni ont provoqué des destructions massives.
Dans toutes les régions, les organisations membres de La Via Campesina ont poursuivi leur mobilisation et leurs actions de solidarité face à ces crises — dont certaines sont présentées ci-dessous.
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## **Amérique du Sud**
Au **Brésil,** du 19 au 23 janvier, le Mouvement des travailleur·se·s ruraux sans terre (MST) a tenu sa 14ᵉ Rencontre nationale, rassemblant plus de 3 000 militant·e·s sans terre ainsi que des représentant·e·s d’organisations populaires du Brésil et du monde entier. Lors de l’événement de clôture, une Lettre au peuple brésilien a été publiée. Celle-ci analyse la situation internationale et nationale, réaffirme les principes historiques du mouvement et appelle la classe travailleuse à lutter pour la souveraineté, la justice sociale et la Réforme agraire populaire.
Au **Paraguay,** le ministère de l’Agriculture subit une réduction budgétaire de 36 % pour l’année 2026, alors même que la crise climatique et les ravageur·euse·s affectent de plus en plus la production paysanne. Parallèlement, les organisations paysannes et autochtones rejettent la nomination antidémocratique du/de la représentant·e au Conseil consultatif de l’Institut national de développement rural et foncier (INDERT). Elles exigent le respect du Statut agraire, la reprise du processus de consultation et la suspension immédiate du décret n° 5285. La représentation sociale ne s’impose pas : elle se construit par la participation et le consensus.
## Amérique centrale
Au **Honduras** , le Centre National des Travailleurs Ruraux (CNTC) a célébré 41 ans de lutte organisationnelle pour la terre, le territoire et les droits des paysan·ne·s, reconnu pour sa contribution historique à la défense de la réforme agraire, de la souveraineté alimentaire et de la dignité des familles paysannes. Cela démontre que seuls l’organisation populaire, l’unité et la résistance peuvent construire de véritables processus de transformation sociale.
En janvier, **des femmes dirigeantes du Salvador**ont présenté le documentaire « Semer l’avenir : la lutte des femmes rurales au Salvador » à Valence. Des représentantes de l’ANTA et de la FECORACEN, ainsi que de l’Association des Femmes Las Mélidas, ont exposé **la réalité des femmes rurales** qui produisent plus de la moitié de la nourriture alors que moins de 15 % possèdent des titres de propriété. Elles ont souligné que l’agroécologie, la souveraineté alimentaire et l’organisation communautaire sont devenues des actes de rébellion contre le système actuel imposé.
## **Amérique du Nord**
**Au Canada**, quatorze organisations se sont unies pour demander au ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Heath MacDonald, d’écouter les agriculteur·rice·s plutôt que les multinationales semencières, et d’abandonner les restrictions proposées sur le droit des paysan·ne·s à conserver leurs semences. Des milliers de Canadien·ne·s ont signé une pétition en ligne s’opposant à ces changements, qui rendraient illégal pour les agriculteur·rice·s de sauvegarder des semences de fruits, légumes, plantes ornementales et variétés hybrides protégées par les droits des obtenteurs végétaux, même après avoir payé des redevances.
**Aux États-Unis, **notre organisation Líderes Campesina a réalisé sa distribution mensuelle de nourriture, en collaboration avec des écoles, des églises, des centres de santé, des commerces locaux et d’autres organisations engagées à améliorer l’accès à l’alimentation dans les communautés vulnérables. Ces distributions sont également devenues une occasion de toucher un plus grand nombre de personnes et de partager avec les familles des ressources et programmes locaux sur divers sujets, allant de la violence sexuelle aux ressources juridiques.
## **Caraïbes**
**À Cuba**, l’Association Nationale des Petit·e·s Paysan·ne·s (ANAP) a exprimé sa plus vive désapprobation face à une nouvelle tentative des États‑Unis d’attaquer et de freiner le développement économique et social du peuple cubain. Elle a déclaré avec fermeté qu’aucune mesure extérieure ne pourra briser la volonté de celles et ceux qui travaillent la terre chaque jour, réaffirmant que la paysannerie cubaine restera unie, ferme et fidèle aux principes de justice sociale et de solidarité qui ont guidé le processus révolutionnaire.
L’École de Formation Politique Charlemagne Péralte (LFPCP), qui a rassemblé 31 étudiant·e·s de quatre communes du **nord d’Haïti,** a envoyé un message de solidarité au peuple du Venezuela pour dénoncer et condamner l’ingérence dans l’autodétermination et la souveraineté de ce peuple. Elle a notamment condamné les actes de capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par les forces américaines le 3 janvier 2026, exigeant leur libération immédiate et inconditionnelle.
## Afrique centrale et de l’Ouest
**Au Sénégal** , Le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR) a participé ce mois-ci à l’Assemblée générale du CRAFS à Thiès pour plaider en faveur d’une réforme foncière juste et inclusive, respectant les droits de celles et ceux qui travaillent la terre. Une réunion stratégique a permis que les voix des exploitations familiales et des communautés rurales soient entendues au cœur des grandes réformes de la Vision Sénégal 2050. Parmi les priorités identifiées figurent : sécuriser les droits fonciers des populations locales et rurales, lutter fermement contre l’accaparement des terres, intégrer l’agroécologie pour garantir la souveraineté alimentaire, et suivre la mise en place de la future Agence nationale du foncier et du patrimoine immobilier.
**Au Mali,** La Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP) a tenu une réunion de l’équipe TFF les 13 et 14 janvier 2026 pour passer en revue les activités de 2025 et planifier les actions de 2026 dans le cadre du projet de soutien à la sécurité foncière et forestière via les Commissions Foncières de Village (CoFoVs). Les priorités incluaient la présentation des rapports régionaux, le traitement des défis rencontrés, et la préparation pour l’extension du projet (juillet 2026–juin 2028). La réunion a renforcé la collaboration et réaffirmé l’engagement en faveur d’une gouvernance foncière inclusive et durable.
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## Afrique australe et orientale
**Au Mozambique**, l’UNAC (União Nacional de Camponeses) a signalé que de fortes pluies ont détruit des centaines de milliers d’hectares de terres agricoles, affectant plus de 115 092 agriculteur·rice·s. Le bétail n’a pas été épargné : plus de 60 000 animaux, dont des bovins, des chèvres et des volailles, ont été tués, et le nombre continue d’augmenter.
**En Ouganda** , les veuves continuent de faire face à des expulsions et à la perte de leurs moyens de subsistance après le décès de leurs époux, même lorsqu’elles étaient légalement mariées. ESAFF Uganda (Eastern and Southern Africa Small Scale Farmers’ Forum) a organisé le #LandCamp2025 pour confronter cette injustice généralisée, que beaucoup de femmes subissent après la perte d’un conjoint. Le décès d’un mari déclenche souvent une lutte pour sécuriser les terres familiales, impliquant fréquemment des conflits avec les beaux‑familles et exposant les veuves au risque constant de dépossession.
## Asie du Sud-Est et Asie de l’Est
**En Indonésie** , en réponse aux récentes inondations causées par de fortes pluies dans le district de Bekasi, à Java occidental, Serikat Petani Indonesia (SPI) et la branche de Bekasi de la Fédération indonésienne des travailleurs du métal (FSPMI) ont distribué du riz aux communautés touchées. Le riz, produit par des agriculteur·rice·s membres de SPI à Indramayu, s’inscrivait dans la continuité des efforts de secours précédemment menés par le FSPMI. Selon Zulfikar, président du Body of Farmers’ Action (BAKTI SPI), cette initiative reflète une alliance plus large entre paysan·ne·s et ouvrier·ère·s industriels, traduisant la coopération politique en solidarité économique concrète en période de crise.
**Au Japon** , la division jeunesse de Nouminren a organisé une séance d’étude sur le mouvement de partenariat producteur–consommateur (sanchoku) dans le cadre de sa série de programmes d’action. La discussion a souligné que la crise agricole au Japon découle de politiques favorisant la libéralisation des importations alimentaires, de la baisse de l’autosuffisance alimentaire et du démantèlement des systèmes de distribution locaux, affaiblissant ainsi les communautés et les moyens de subsistance agricoles. Dans ce contexte, le sanchoku a été présenté non seulement comme une vente directe, mais comme un mouvement coopératif entre producteur·rice·s et consommateur·rice·s visant à reprendre la valeur économique et sociale des mains des entreprises. L’accent a été mis sur des prix équitables, des pratiques de production durables et l’apprentissage collectif comme bases pour transformer l’agriculture, les communautés et le système politique et économique dans son ensemble.
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## **Asie du Sud**
**Au Sri Lanka** , MONLAR soutient les efforts de rétablissement et de réhabilitation après le cyclone Ditwa en mobilisant des représentant·e·s du Provincial Planning Forum de huit provinces. Au Malambe Community Education Center, les participant·e·s ont passé en revue les impacts du cyclone dans les différentes provinces, identifié les besoins prioritaires et élaboré des plans coordonnés à court, moyen et long terme pour reconstruire et renforcer le secteur agricole du pays.
Dans **l’État du Karnataka (Inde)** , le Karnataka Rajya Raitha Sangha (KRRS – Leadership collectif) promeut l’agriculture naturelle coopérative via son Organisation de Producteurs Agricoles (FPO), Nammadu, afin de rendre l’agriculture à petite échelle durable et rentable. Selon ce modèle, cinq agriculteur·rice·s par village cultivent ensemble des parcelles sans produits chimiques sur une demi-acre, combinant sécurité alimentaire domestique et production collective. La FPO commercialise directement les produits auprès des consommateur·rice·s via des marchés locaux gérés par les agriculteur·rice·s, garantissant de meilleurs prix. Avec un accompagnement en formation, chaque groupe peut générer jusqu’à 3 lakh ₹ par an. Cette initiative vise à renforcer les moyens de subsistance ruraux, réduire les contraintes de main-d’œuvre, promouvoir la coopération et encourager les jeunes à rester dans l’agriculture.
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## Europe
Le mois de janvier a été marqué par **des manifestations intenses** dans les rues organisées par des organisations paysannes européennes réclamant la fin de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Des organisations telles que CNA au Portugal, ARI en Italie, la Confédération paysanne en France, FUGEA et Movimiento de Acción Campesina – MAP en Belgique, ainsi que Sindicato Labrego et EHNE Bizkaia en Espagne, ont tenu des manifestations et mené des actions de plaidoyer politique pour faire pression sur leurs représentants au Parlement européen et à la Commission afin de déclarer l’accord non viable. Pour l’instant, la pression populaire a permis que le traité soit examiner par la Cour de justice de l’Union européenne, qui devrait ratifier la décision des parlementaires.
**En France** , le 14 janvier 2026, 52 paysan·ne·s de la Confédération paysanne ont été arrêté.e.s lors d’une manifestation pacifique à Paris contre les politiques agricoles européennes et les mesures sanitaires telles que la gestion de la dermatoses nodulaire contagieuse, qui impose l’abattage de tout le cheptel lorsqu’un seul animal est infecté. Ils ont été libérés le lendemain sans inculpation. Des expert·e·s de l’ONU ont noté que « l’arrestation de porte-parole nationaux et de dirigeant·e·s paysan·ne·s internationaux pour des actes symboliques de désobéissance civile est un signe inquiétant qui menace le droit des paysan·ne·s à exprimer leurs griefs sans crainte d’intimidation ou de représailles. »
Enfin, **au Portugal,** la CNA (A Confederação Nacional da Agricultura) a demandé une indemnisation rapide après que la tempête Kristen a dévasté les cultures, les vergers, les oliveraies, les vignobles, les serres et les pâturages, provoquant d’importantes pertes économiques. Dans un communiqué de presse, la CNA a appelé le Ministère de l’Agriculture à évaluer rapidement les dégâts, simplifier les procédures et fournir une aide urgente, incluant une compensation pour la perte de revenus et un soutien à la reprise des exploitations. Elle a également demandé le nettoyage des routes et des canaux et la mise en place d’une assurance agricole publique adaptée à l’agriculture familiale face aux événements extrêmes.
## Région Arabe
**Au Maroc** , les paysan·ne·s de Bousselham et Lalla Mimouna ont été touché·e·s par de graves inondations fin décembre, aggravées par la destruction des cours d’eau naturels, entraînant la perte de milliers d’hectares de terres agricoles. Face à l’inaction des autorités locales et des services d’urgence, leurs appels à l’aide sont restés sans réponse, laissant les communautés dans la peur et l’abandon. La Fédération nationale du secteur agricole FNSA a exigé une enquête, la protection des paysan·ne·s, une compensation pour les pertes et la clarification des responsabilités derrière cette tragédie orchestrée par des intérêts élitistes, soulignant que les communautés paysannes sont les premières affectées par les catastrophes naturelles et subissent de graves conséquences économiques et humaines.
**En Tunisie** , l’Association Million de Femmes Rurales et les Sans-Terre MRWL a récemment organisé une session de formation pour 30 femmes paysannes dans le cadre de son plan d’action sur l’éducation populaire et la formation des travailleur·se·s agricoles et paysan·ne·s. La session a porté sur les droits des femmes garantis par l’UNDROP, avec un accent particulier sur les semences, soulignant comment l’UNDROP protège les droits des paysan·ne·s aux semences, soutient l’agroécologie, renforce la souveraineté alimentaire et préserve les savoirs locaux et la biodiversité. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie plus large de l’association visant à promouvoir l’UNDROP comme outil pédagogique et de référence, soutenant la résistance politique des paysan·ne·s à travers l’agriculture et la défense de leurs droits à la terre et aux semences.
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