loading . . . « Quand nous tuons des loups ou des renards, nous avons une idée précise des bénéfices que nous en tirerons, mais aucune des bienfaits qui disparaissent avec eux » CHRONIQUE. Alors que le foyer épidémique d’hantavirus du « Hondius » rappelle la nécessité de se prémunir contre les zoonoses, Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, rappelle, dans sa chronique, que le meilleur rempart contre ces maladies est la stabilité des écosystèmes, qui repose bien souvent sur les grands prédateurs.
Publié le 17 mai 2026 à 05h30, modifié le 17 mai 2026 à 12h05
[...] Transmission des zoonoses Le virus qui concentre toute l’attention ces jours-ci est par exemple transmis à l’homme par un petit rongeur, le rat pygmée de rizière à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), dont les populations sont contrôlées par plusieurs prédateurs, en particulier le guigna (Leopardus guigna). Or, ce petit félin voit ses populations décliner du fait de la déforestation et du braconnage. C’est l’un des nombreux mécanismes par lesquels peut s’élever la probabilité de transmission des zoonoses : avec la destruction et la fragmentation des habitats, des espèces réservoirs d’agents infectieux colonisent de nouveaux espaces et se rapprochent des humains tandis que leurs prédateurs, plus fortement inféodés à leur milieu, déclinent et leur laissent le champ libre.
En 2018, une équipe conduite par l’écologue Christopher O’Bryan (université du Queensland) a publié dans Nature Ecology and Evolution une synthèse des connaissances sur les bienfaits que les humains tirent, sans le réaliser le moins du monde, de la présence de prédateurs dans leur environnement. En Inde, par exemple, les léopards de Bombay réduisent fortement la population de chiens errants porteurs de la rage et le bénéfice associé est de l’ordre d’une centaine de vies humaines épargnées chaque année dans l’agglomération.
Plus près de nous, la présence du renard roux – dont 600 000 sont tués chaque année en France, avec un acharnement et une cruauté qui ne laissent pas d’étonner – permet de contrôler les mulots qui ravagent les prairies et pourrait réduire le risque de la maladie de Lyme, en limitant la circulation des petits mammifères qui dispersent les tiques, vecteurs de cette pathologie. Par ailleurs, aux Etats-Unis, lorsque les chauves-souris disparaissent, les insecticides utilisés pour les remplacer font grimper la mortalité infantile.
Et le loup ? En 2021, dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, Jennifer L. Raynor (université Wesleyenne) et ses collègues ont montré que le retour du loup dans un territoire y réduit d’un quart environ les collisions de véhicules avec les grands ongulés, ce qui diminue la mortalité routière et engendre « un bénéfice économique soixante-trois fois supérieur aux coûts de la prédation du loup sur le bétail ». Et il ne suffit pas de tuer plus de cerfs pour obtenir le même effet, car c’est le changement de leur comportement avec la présence d’un prédateur dans leur milieu qui limite leurs déplacements. Effets en cascade Il est impossible d’identifier tous les avantages tirés de la présence des grands carnivores. Dans les écosystèmes, ceux-ci provoquent des effets en cascade souvent difficiles à observer et, la plupart du temps, les chaînes de causalité sont impossibles à remonter. Quand nous tuons des loups, des renards ou d’autres animaux encombrants qui croquent quelques poules ou moutons, nous avons une idée précise des bénéfices que nous en tirerons, mais aucune des bienfaits qui disparaissent avec eux.
Dans quelques rares situations, les données disponibles permettent de les chiffrer. C’est le cas, emblématique, de la disparition des vautours en Inde, après l’introduction, en 1994, d’un médicament vétérinaire en traitement du bétail, le diclofenac – ultratoxique pour ces oiseaux. En s’éteignant, ces charognards ont cessé de nettoyer des millions de carcasses. Outre les ressources en eau contaminées par les effluents de décomposition, les rats et les chiens errants, véhiculant toutes sortes de maladies, ont proliféré.
Le panorama le plus complet des conséquences sanitaires de la fin des vautours a été établi en 2024 dans l’American Economic Review, par Eyal Frank (université de Chicago) et Anant Sudarshan (université de Warwick) : l’excès de mortalité dans les zones où les vautours ont disparu est de l’ordre de 4 %, ce qui représente plus d’une centaine de milliers de morts par an, à l’échelle de l’Inde, entre 2000 et 2005. Sachant que ces rapaces ne se sont pas rétablis, et que le Népal et le Pakistan sont également concernés, les vies humaines perdues avec ces animaux se chiffrent en millions.
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