loading . . . Article : Georges Delerue, l’Élégance Tragique, à l'occasion de son Centenaire L’année 2025 qui s’achève marque le centenaire de la naissance de Georges Delerue. Voici à cette occasion notre sélection de musiques de films nées de la collaboration entre Georges Delerue et de grands cinéastes français et internationaux, autour d’œuvres variées : Le Mépris, Le Corniaud, La Femme d’à côté… Des partitions conçues autour de la primauté des cordes et de la voix éthérée de la flûte, de thèmes romantiques et torturés, de rythmes d'aventure flamboyants, mais aussi d'une écriture atonale ou folk, exprimant l'élégance tragique du compositeur. Se croisent des drames passionnels (François Truffaut) et des films d’aventure (Philippe de Broca), des comédies populaires (Gérard Oury) et des thrillers hollywoodiens (Mike Nichols, Fred Zinnemann), en passant par des œuvres plus sombres (Andrzej Zulawski) et un Oscar (A Little Romance).
Toutes les B.O de ce panorama :
La Femme d'à côté (François Truffaut, 1982) - Georges Delerue
Les Deux Anglaises et le continent (François Truffaut, 1971) - Georges Delerue
La peau douce (François Truffaut, 1964) - Georges Delerue
Vivement dimanche! (François Truffaut, 1983) - Georges Delerue
Cartouche (Philippe de Broca, 1962) - Georges Delerue
L'Homme de Rio (Philippe de Broca, 1964) - Georges Delerue
Les Tribulations d'un Chinois en Chine (Philippe de Broca, 1965) - Georges Delerue
Le Diable par la queue (Philippe de Broca, 1969) - Georges Delerue
Le Mépris (Jean-Luc Godard, 1963) - Georges Delerue
Cent Mille Dollars Au Soleil (Henri Verneuil, 1963) - Georges Delerue
Le Corniaud (Gérard Oury, 1965) - Georges Delerue
Le Cerveau (Gérard Oury, 1969) - Georges Delerue
Hibernatus (Edouard Molinaro, 1969) - Georges Delerue
Conseil de famille (Costa-Gavras, 1986) - Georges Delerue
The Pumpkin Eater (Jack Clayton, 1964) - Georges Delerue
Women in Love (Ken Russell, 1969) - Georges Delerue
Anne of the Thousand Days (Charles Jarrott, 1969) - Georges Delerue
Julia (Fred Zinnemann, 1977) - Georges Delerue
A Little Romance (George Roy Hill, 1979) - Georges Delerue
Agnes of God (Norman Jewison, 1985) - Georges Delerue
The Day of the Dolphin (Mike Nichols, 1973) - Georges Delerue
Silkwood (Mike Nichols, 1983) - Georges Delerue
Quelque part quelqu'un (Yannick Bellon, 1972) - Georges Delerue
Jamais plus toujours (Yannick Bellon, 1976) - Georges Delerue
L'Important c'est d'aimer (Andrzej Zulawski, 1975) - Georges Delerue
Police Python 357 (Alain Corneau, 1977) - Georges Delerue
Marche ou Crève (Georges Lautner, 1960) - Georges Delerue
Garde à vue (Claude Miller, 1981) - Georges Delerue
Préparez vos mouchoirs (Bertrand Blier, 1978) - Georges Delerue
Calmos (Bertrand Blier, 1976) - Georges Delerue
Le Dernier Métro (François Truffaut, 1980) - Georges Delerue
L'Amour en fuite (François Truffaut, 1979) - Georges Delerue
Descente aux enfers (Francis Girod, 1986) - Georges Delerue
The House on Carroll Street (Peter Yates, 1988) - Georges Delerue
Salvador (Oliver Stone, 1986) - Georges Delerue
Steel Magnolias (Herbert Ross, 1989) - Georges Delerue
Black Robe (Bruce Beresford, 1991) - Georges Delerue
L'année 2025 marquait le centenaire de la naissance de Georges Delerue (1925-1992), compositeur qui fut l'architecte émotionnel de la Nouvelle Vague avant de conquérir Hollywood. Pour célébrer cet héritage immense, notre nouveau podcast propose un panorama fleuve de sa carrière, révélant la richesse stylistique et l'élégance tragique qui ont fait de lui « le poète de la mélodie ».
Formé au Conservatoire de Paris, Delerue choisit le lyrisme et l'émotion pure, bâtissant un style inimitable fondé sur la primauté des cordes et la voix éthérée de la flûte. Avec plus de 350 partitions, il fut l'homme des tandems légendaires, remportant trois Césars consécutifs avant de décrocher un Oscar.Les Tourments de l'Amour : Truffaut et le Contrepoint
Notre exploration débute avec sa collaboration la plus célèbre : celle, fusionnelle, avec François Truffaut, qui comptera onze films sur 23 ans. Delerue devient le traducteur attitré des amours impossibles du cinéaste.
Pour les drames passionnels comme La Femme d'à côté (1982) et Les Deux Anglaises et le continent (1971), sa musique romantique est profondément torturée. Elle n'accompagne pas la passion, elle est la fatalité de cet amour, usant d'un adagio funèbre ou d'une flûte basse soliste pour préfigurer l'échec.
Dans La peau douce (1964), il excelle dans le contrepoint narratif : sa musique dit souvent le contraire de ce qui se joue à l'image, le duel entre les violons (la prison du mariage) et la flûte (la bulle du désir) annonçant la destruction.
La boucle est bouclée avec le pastiche de film noir de Vivement dimanche ! (1983), qui devient un hommage direct au compositeur fétiche d'Hitchcock, Bernard Herrmann.
Le Sens du Panache : L'Aventure avec Philippe de Broca
Le panorama se poursuit avec l'autre facette majeure de Delerue, révélée par Philippe de Broca, son sens de l'aventure et de la comédie.
Dès le film de cape et d'épée Cartouche (1962), il déploie un grand orchestre flamboyant regardant vers Hollywood.
Puis, dans l'aventure trépidante de L'Homme de Rio (1964), il trouve un modèle d'équilibre entre l'action (motif de cinq notes au xylophone, Batucada) et la romance (thème inoubliable à la flûte).
L'année 1963 illustre le « grand écart » stylistique du compositeur : il signe l'emblématique et bouleversant « Thème de Camille » pour Jean-Luc Godard dans Le Mépris, dont Godard a triplé le minutage, puis compose un pur western américain pour Cent Mille Dollars Au Soleil d'Henri Verneuil, où les cuivres percussifs sonnent comme un moteur de camion.De la Comédie Populaire à l'Atonalité Sombre
Delerue est aussi l'homme de la comédie populaire, notamment avec Gérard Oury et Le Corniaud (1965), où il utilise un thème léger, enjoué et un « Mickey-Mousing subtil » pour traduire l'optimisme béat de Bourvil.
Mais cette étiquette de « mélodiste » est réductrice. Le podcast explore sa face atonale et sombre, maîtrisée mais choisie par vocation :
Chez Yannick Bellon (Quelque part quelqu'un, 1972), il emploie une « écriture spectrale » (pizzicati, Ondes Martenot) pour dépeindre la déshumanisation urbaine.
Cette noirceur atteint un sommet avec L'Important c'est d'aimer (1975) d'Andrzej Zulawski, où sa partition est schizophrène, un thème romantique coexistant avec un score atonal et terrifiant aux cordes dissonantes.
Dans le polar Police Python 357 (1977), il intègre des chœurs envoûtants et un clavecin pour une atmosphère macabre et quasi fantastique.
La Conquête d'Hollywood et son Oscar
Sa carrière internationale est marquée par cinq nominations aux Oscars et une victoire pour A Little Romance (1979), où il réalise une « véritable alchimie » en fusionnant ses thèmes avec Vivaldi.
Il s'adapte aux exigences américaines, signant une partition majestueuse, avec luth et pavanes, pour le drame historique Anne of the Thousand Days (1969).
Dans sa dernière période hollywoodienne, il se montre encore plus versatile : il utilise le saxophone pour le polar des années 80 (Descente aux enfers, 1986), une guitare folk pour coller à l'Amérique rurale et ouvrière dans Silkwood (1983) de Mike Nichols, et déploie le délice romantique de ses cordes planantes dans Steel Magnolias (1989), répondant parfaitement à l'attente d'un grand romantisme « américanisé ».
Nous concluons ce panorama avec son œuvre testamentaire, Black Robe (1991), composée quelques mois avant sa disparition, un score profond qui élève l'orchestre vers une portée spirituelle, conclusion magistrale à sa riche carrière.
Panorama BO : Les cordes frottées / Les instruments de musique au cinéma (4/8) • violon, violoncelle, contrebasse... [Podcast] http://www.cinezik.org/infos/affinfo.php?titre0=20251222223820&utm_source=dlvr.it&utm_medium=bluesky